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Commémoration du centenaire de la fin de la 1ère Guerre Mondiale

Article dans la Nouvelle République du 7 août 2018

Ils écrivent, chacun de leur côté depuis le front, au même couple. Pour le fils, Louis Lepiffe, il s’adresse à son oncle et sa tante. Pour le père, Désiré Lepiffe, originaire de Mur-de-Sologne, il s’agit logiquement de son frère et sa sœur. Cette correspondance (*) riche retrace de cette manière particulière une tranche de vie au front.
Deux lettres ont retenu notre attention… entre autres.
La lettre de Louis, du 1er décembre 1916, dans laquelle il évoque ses blessures : « Chers oncle et tante… Je vais maintenant beaucoup mieux. J’ai été blessé le 16 (NDLR probablement novembre 1916) au dos par un éclat de grenade et j’ai pris immédiatement le boyau qui conduit à l’arrière. J’ai passé quelques jours dans une ambulance où des médecins, ou plutôt des “ charcutiers ”, m’ont fait souffrir pour me panser, ensuite on m’a envoyé ici (NDLR à l’hôpital de Chaumont). Ma blessure va mieux mais je souffre toujours de la tête car j’ai eu une commotion et mal dans l’oreille gauche. » Il parle ensuite de son père, dont il reçoit des nouvelles, et évoque sa future « perm » d’une semaine « quand je serai remis ». Avant les traditionnelles marques d’affection à ses proches.
On peut lire ensuite celle de son père, Désiré Lepiffe, du 12 décembre 1916 dans laquelle il attend des nouvelles de son fils. Il y évoque le manque de confort : « Une seule chose ne manque pas : c’est la boue, il y en a à revendre. Enfin, ma santé est bonne. Les bouches à feu font tout autour de nous un boucan d’enfer… Je n’ai encore pas de nouvelles de Louis depuis mon arrivée, sauf les lettres adressées avant ma permission. »Après les embrassades « de tout cœur », il conclut : « Je me trouve à quelques kilomètres, dans les environs où était Louis. »
Louis Lepiffe mourra des suites de ses blessures, d’une « méningite purulente », le 18 décembre à l’hôpital temporaire de Chaumont en Haute-Marne. Il avait 20 ans.


(*) Les archives départementales ont reçu ce don de Pierre Poitou, au sein d’un album relié contenant un ensemble de 126 lettres envoyées par son grand-oncle Désiré Lepiffe entre 1912 et 1919, ainsi que des photographies, correspondances et documents de son fils Louis, également au front.